L’ocarina est un instrument à vent fascinant, reconnu pour son son unique et mélodieux. Cet instrument a su traverser les siècles, captivant les musiciens et le public.
Les racines de cet instrument plongent dans des traditions anciennes, notamment en Afrique, en Asie et en Mésoamérique. Bien que son invention officielle remonte à 1853 par Giuseppe Donati en Italie, il s’inspire d’outils musicaux bien plus anciens.
Le terme ocarina vient du dialecte bolonais, signifiant « petite oie ». Cette étymologie évoque la forme ovoïde de l’instrument. Dans cet article, nous explorerons les différentes étapes de son parcours, des flûtes globulaires préhistoriques aux modèles contemporains.
Nous aborderons également son importance culturelle à travers les civilisations, des Chibchas aux Aztèques. Découvrez la richesse sonore de l’ocarina, dont le timbre mélancolique a su conquérir le cœur des mélomanes.
Les origines anciennes de l’ocarina
Les flûtes globulaires, ancêtres des instruments modernes, ont laissé des traces fascinantes dans l’histoire. Des découvertes archéologiques révèlent l’existence de sifflets en argile datant de 30 000 ans en Afrique centrale. Ces objets témoignent d’une pratique musicale ancienne, bien avant l’apparition des flûtes plus élaborées.
Les traces archéologiques africaines : les premières flûtes globulaires
Les premières flûtes globulaires permettant de jouer quelques notes ont été retrouvées en Égypte, datant d’environ 12 000 ans. Ces instruments, fabriqués en pierre, en os ou en écorce, montrent l’ingéniosité des cultures anciennes. Ils ont ouvert la voie à la création d’autres instruments à vent, y compris l’ocarina.
Les vestiges mésoaméricains et sud-américains : héritage des Chibchas et civilisations précolombiennes
Dans les Andes, les Chibchas, peuple vivant dans l’actuelle Colombie entre -500 et 1536, ont développé un ocarina rudimentaire à 4 trous. Cet instrument permettait de produire cinq notes, et son influence s’est répandue chez les Mayas, Incas et Aztèques. Selon Curt Sachs, ethnomusicologue, ces instruments sont d’origine chibcha plutôt que maya ou inca, comme souvent cru.
L’ocarina en Europe néolithique : découvertes au Kosovo et en Roumanie
La découverte de l’ocarina de Runik au Kosovo en 1966, un instrument en terre cuite de 8 cm âgé de plus de 8 000 ans, est remarquable. Il est considéré comme le plus ancien instrument de musique préhistorique enregistré dans cette région. De plus, des fouilles à Liubcova Orniţa en Roumanie ont mis au jour un ocarina de plus de 5 000 ans, prouvant la présence de ces instruments en Europe bien avant l’époque moderne.
Influences asiatiques : le xun chinois et autres instruments similaires
Le xun chinois, utilisé depuis plus de 7 000 ans, présente des similitudes avec l’ocarina. Cependant, il se distingue par l’absence d’embouchure, le musicien soufflant directement sur un trou. D’autres instruments asiatiques, comme le niwawu de l’ethnie Hui, inscrit au patrimoine culturel immatériel en 2005, montrent la diversité des flûtes globulaires à travers les cultures.
En somme, les origines de cet instrument à vent sont profondément ancrées dans l’histoire humaine. Elles témoignent de l’évolution des pratiques musicales à travers le temps et les cultures.
| Instrument | Région | Âge (ans) | Caractéristiques |
|---|---|---|---|
| Sifflets en argile | Africa centrale | 30 000 | Flûtes globulaires simples |
| Flûtes égyptiennes | Égypte | 12 000 | Fabriquées en pierre, os, écorce |
| Ocarina de Runik | Kosovo | 8 000 | 8 cm, terre cuite, 4 trous |
| Ocarina de Liubcova | Roumanie | 5 000 | Ancien, en terre cuite |
| Xun | Chine | 7 000 | Instrument sans embouchure |
La naissance de l’ocarina moderne et sa diffusion en Europe
Au cours du XVIe siècle, un tournant décisif s’opère dans l’histoire de cet instrument. En 1527, Hernán Cortés conquiert le Mexique et ramène avec lui des musiciens aztèques et mayas. Ces artistes présentent des ocarinas à 8 trous devant Charles Quint, captivant l’attention du roi. Ce moment marque le premier contact de l’Europe avec ces instruments mésoaméricains.
Impressionné par ces sons nouveaux, Charles Quint encourage les musiciens à se produire à travers toute l’Europe. Cela initie la diffusion du concept d’ocarina sur le continent. Par la suite, un boulanger anonyme de Rome, séduit par l’acoustique de cette flûte, commence à produire des exemplaires en terre cuite dans son four. Cette pratique se répand rapidement, et pendant plus de 300 ans, ces petites flûtes sont considérées comme des jouets pour enfants plutôt que comme de véritables instruments de musique.
Giuseppe Donati et la création de l’ocarina classique à 10 trous
En 1853, un jeune briquetier de 17 ans, Giuseppe Donati, révolutionne cet instrument en créant le premier modèle classique à 10 trous. Sa conception ingénieuse permet d’utiliser tous les doigts, offrant ainsi une meilleure justesse et la possibilité de jouer en ensemble. La forme caractéristique de cet ocarina évoque une tête d’oie, rompant avec l’ovoïde traditionnelle héritée d’Amérique du Sud.
Le nom « ocarina » provient du patois bolonais « ucarèina » ou « ucarènna », signifiant « petite oie ». Cette appellation souligne l’importance de la forme dans l’identité de l’instrument. En 1864, Donati fonde le « Gruppo Ocarinistico Budriese », le premier ensemble musical dédié à l’ocarina, qui continue d’exister aujourd’hui après plus de 150 ans.
La diffusion à travers l’Italie et au-delà : du jouet au véritable instrument
Le modèle à 10 trous connaît une diffusion rapide au-delà des frontières italiennes. Cela pose les bases de la reconnaissance internationale de l’ocarina comme un véritable instrument de musique. Ce changement de perception est crucial, car il transforme l’ocarina d’un simple jouet en un instrument capable d’interpréter une gamme complète de notes.
La popularité croissante de l’ocarina en Europe reflète l’évolution des pratiques musicales. Cet instrument, autrefois considéré comme un simple souvenir, prend une place importante dans le paysage musical. En fin de compte, l’ocarina moderne est un témoignage de l’ingéniosité humaine et de la richesse culturelle qui traverse les âges.

L’évolution technique et musicale de l’ocarina au XXe siècle
Au XXe siècle, cet instrument à vent a connu des transformations majeures qui ont enrichi son répertoire musical. Ces évolutions sont le fruit d’innovations techniques et d’un intérêt croissant pour la musique à travers le monde.
Les innovations japonaises : Takashi Aketagawa et le modèle à 12 trous
En 1928, le sculpteur et musicologue japonais Takashi Aketagawa apporte une innovation significative en ajoutant deux trous supplémentaires au modèle de Donati. Ce modèle à 12 trous permet une tessiture plus élevée, offrant ainsi une expressivité musicale accrue aux musiciens.
Ce modèle ne se fait connaître qu’à partir de 1986, lorsque Nomura Sojiro, un virtuose japonais, compose pour le documentaire The Great Yellow River. Cette œuvre propulse le modèle à 12 trous sur le devant de la scène internationale.
Les modèles multi-chambres : double, triple et quadruple ocarinas
Les innovations ne s’arrêtent pas là. Les modèles multi-chambres voient le jour, permettant d’élargir les possibilités sonores. Le double ocarina, créé par les Italiens, offre 17 notes, tandis que le triple, inventé par les Japonais, en permet 21. Enfin, le quadruple ocarina, développé par les Chinois entre 2007 et 2009, peut produire jusqu’à 24 notes.
Ces modèles modernes représentent une évolution notable dans la forme et la fonctionnalité de l’ocarina, rendant le jeu encore plus accessible et diversifié.
Rôle social et culturel pendant les guerres mondiales et dans l’éducation
Durant les deux guerres mondiales, l’ocarina joue un rôle social important. Les soldats américains emportaient des ocarinas de poche pour se remonter le moral dans les tranchées. Ces moments de musique apportaient réconfort et espoir dans des temps difficiles.
Dans les années 1950, cet instrument est intégré dans le système éducatif américain. Il est enseigné aux enfants dans les écoles publiques, où il est affectueusement surnommé « Patate douce » en raison de sa forme et de la douceur de ses sons.
Malgré un déclin progressif après la Seconde Guerre mondiale, au profit de la flûte à bec, l’ocarina a connu une renaissance culturelle à la fin du siècle, prouvant ainsi sa résilience et son attrait durable.
Les caractéristiques techniques et la fabrication de l’ocarina
La conception de cet instrument repose sur des principes acoustiques fascinants. En tant que résonateur de Helmholtz, il appartient à la famille des flûtes globulaires à conduit. Le son émerge lorsque l’air vibre dans une cavité fermée, créant ainsi des mélodies envoûtantes.
Les matériaux traditionnels : terre cuite, céramique et autres
Les artisans ont longtemps utilisé des matériaux traditionnels pour façonner cet instrument. La terre cuite et la céramique sont particulièrement appréciées pour leurs sonorités chaudes et authentiques. D’autres matériaux comme la porcelaine, l’os, la pierre et le cuivre apportent également des variations sonores uniques.
Les matériaux modernes : plastique, bois, métal et leurs avantages
Avec l’évolution des techniques, des matériaux modernes comme le plastique sont devenus populaires. Ils sont idéaux pour les débutants grâce à leur résistance et leur prix abordable. Le bois, quant à lui, offre une richesse tonale, tandis que le métal se distingue par sa durabilité et sa projection sonore.
Des matériaux végétaux, tels que l’écorce, le bambou, et même des graines comme le kiokioca, fabriqué à partir d’une graine de haricot géant, sont également utilisés dans certaines cultures.
Formes, doigtés et nombre de trous : influence sur le son et la jouabilité
Il existe plusieurs formes d’ocarinas. Les modèles transversaux, souvent à 10 ou 12 trous, sont les plus courants. Les pendentifs, avec 4 à 8 trous, sont également populaires, tout comme les ocarinas en ligne, multi-chambres et à clés.
Le nombre de trous influence directement la jouabilité et la gamme. Par exemple, un modèle à 4 trous permet de jouer 5 notes, tandis qu’un modèle à 12 trous offre une tessiture de 2,5 octaves. La présence d’un bec au milieu de l’instrument permet de produire des sons variés, en soufflant dans le conduit interne.
Les tonalités les plus courantes incluent le do majeur, le fa majeur et le sol majeur. Le timbre est souvent décrit comme mélancolique, nostalgique ou langoureux, selon les pièces interprétées.
Enfin, les différents types de doigtés, qu’ils soient linéaires ou basés sur des combinaisons, influencent l’expressivité musicale et la facilité de jeu.

L’ocarina dans la culture musicale et populaire
Depuis des siècles, cet instrument a trouvé sa place dans divers courants musicaux et cultures à travers le monde. Son utilisation dans la musique traditionnelle est particulièrement marquante. Dans des festivals andins comme celui de Cuzco, il accompagne des danses et des rituels ancestraux, ajoutant une dimension sonore unique aux célébrations.
Usage dans la musique traditionnelle et classique
Dans la musique savante, l’ocarina a été intégré par des compositeurs renommés. Leoš Janáček l’utilise dans son cycle Říkadla pour chœur de chambre en 1927. György Ligeti, quant à lui, l’inclut dans son Concerto pour violon (1990-1993) et dans Sippal, dobbal, nadihegedűvel (2000). Ces œuvres montrent comment cet instrument a su s’imposer dans des compositions contemporaines.
La popularisation grâce aux jeux vidéo : The Legend of Zelda et au-delà
Un tournant majeur dans la reconnaissance de l’ocarina s’est produit avec le jeu vidéo The Legend of Zelda: Ocarina of Time, sorti en 1998 sur Nintendo 64. Ce jeu a non seulement introduit l’instrument à un large public, mais a également entraîné une augmentation des ventes de 300 % en 1999. Dans le gameplay, le héros Link apprend à jouer plusieurs mélodies, créant ainsi un lien émotionnel fort entre les joueurs et cet instrument.
De plus, l’ocarina apparaît dans d’autres jeux vidéo comme Wonder Boy V sur Mega Drive et Professeur Layton, où l’héroïne Arianna joue de l’ocarina, renforçant ainsi sa présence dans la culture populaire.
Apparitions dans le cinéma, la télévision et autres médias culturels
Le cinéma a également mis en avant cet instrument. Dans le film Le Bon, la Brute et le Truand (1966), Ennio Morricone utilise un arghilofono, une version grave de l’ocarina, pour le personnage de Sentenza. D’autres films, comme Shining de Stanley Kubrick, intègrent l’ocarina dans leur bande sonore, ajoutant une touche d’originalité.
Les séries animées ne sont pas en reste. Dans Albator, le personnage de Stellie est surnommée « la petite fille à l’ocarina ». On retrouve également cet instrument dans Mon voisin Totoro et Princesse Sarah, soulignant son attrait intergénérationnel.
Enfin, le titre Song of Ocarina a connu un grand succès en France dans les années 1990, tandis que des groupes comme The Troggs et Duran Duran l’ont intégré dans leurs compositions, témoignant de l’influence persistante de cet instrument.
| Événement | Type | Année | Impact |
|---|---|---|---|
| Utilisation par Janáček | Musique classique | 1927 | Intégration dans la musique savante |
| Sortie de Zelda | Jeu vidéo | 1998 | Popularisation mondiale |
| Apparition dans le cinéma | Film | 1966 | Utilisation par Morricone |
| Succès de Song of Ocarina | Musique | 1990 | Popularité en France |
| Apparition dans les séries animées | Télévision | Années 80-90 | Attraction intergénérationnelle |

L’ocarina aujourd’hui : accessibilité et perspectives d’avenir
Actuellement, cet instrument à vent connaît une popularité croissante, avec une augmentation des ventes de 15 % par an depuis 2015. Ce phénomène touche un public varié, allant des enfants aux adultes, et montre l’engouement pour la musique à travers le monde.
En France, bien que l’ocarina soit moins répandu que dans les pays anglophones ou asiatiques, il bénéficie d’une communauté grandissante de passionnés. Les musiciens s’enthousiasment pour cet instrument, qui s’inscrit dans une culture musicale diversifiée.
Choix de modèles, gamme de prix et boutiques spécialisées
Il existe plusieurs modèles d’ocarinas, adaptés à tous les niveaux de pratique. Les prix varient en fonction des matériaux utilisés :
- Modèles en plastique : idéaux pour les débutants, ils coûtent entre 20 et 50 €.
- Ocarinas en céramique : pour les musiciens intermédiaires, ces modèles sont disponibles entre 80 et 120 €.
- Instruments en bois : destinés aux professionnels, ces ocarinas sont souvent vendus à partir de 150 €.
Des marques reconnues comme Focalink, STL Ocarina et Songbird offrent une large gamme de modèles. En France, la boutique Instruments du Monde propose plus de 80 modèles différents pour satisfaire tous les musiciens.
Ressources pour apprendre et innovations technologiques futures
Pour ceux qui souhaitent apprendre à jouer, de nombreuses ressources sont disponibles. Le site OcarinaForest.com propose des tutoriels, tout comme les vidéos du maître japonais Nomura Sojiro sur YouTube. Des applications mobiles interactives enrichissent également l’expérience d’apprentissage.
Des méthodes d’initiation en français existent, notamment deux guides écrits par un musicien passionné. Ces ressources facilitent l’apprentissage et rendent l’ocarina accessible à un plus large public.
Les innovations technologiques, telles que les ocarinas MIDI et les modèles connectés, ouvrent de nouvelles perspectives. Ces développements permettent de relier l’instrument à des logiciels de musique, augmentant ainsi ses possibilités créatives.
Malgré un intérêt croissant, l’intégration de l’ocarina dans les conservatoires européens reste limitée. Toutefois, des initiatives émergent, témoignant d’un avenir prometteur pour cet instrument à vent.

Conclusion
Le parcours fascinant de l’ocarina témoigne de son héritage riche et diversifié. Depuis ses racines anciennes en Afrique et en Amérique du Sud, cet instrument a su évoluer pour atteindre sa forme moderne, notamment grâce à des figures comme Giuseppe Donati et Takashi Aketagawa. Ce dernier a perfectionné le modèle à 12 trous, offrant une tessiture plus large.
Au fil des siècles, l’ocarina a traversé les cultures, des rituels précolombiens aux concerts contemporains. Sa renaissance dans la culture populaire, notamment grâce à The Legend of Zelda, a permis à de nouvelles générations de découvrir son son mélancolique unique.
Aujourd’hui, cet instrument est accessible à tous, avec une variété de modèles adaptés à chaque budget. Comme le disait Nomura Sojiro, « la musique est un langage universel », illustrant ainsi la capacité de l’ocarina à transcender les barrières culturelles. Explorez cet instrument fascinant et laissez-vous emporter par sa magie musicale.

