Redite, exagération

Un célèbre historien d’art allemand, Heinrich Wölfflin, écrivait la chose suivante : « A la Renaissance, chaque élément était net et unique, le baroque multiplie les éléments (…) on s’habitue à tout dire plusieurs fois ». C’est une façon de mettre en valeur ce que l’on considère comme important, comme lorsqu’on répète quelque chose dans un texte, ou qu’on le souligne.
Autrefois, les colonnes, par exemple, servaient à supporter une charge. On en mettait autant qu’il fallait, guère plus. Le baroque en fait un motif. La fonction de ce motif dépasse cependant ce que l’on pourrait appeler un rôle simplement décoratif, elle signifie, à proprement parler, quelque chose. Un grand nombre de colonnes, rapprochées les unes des autres, indique par exemple l’importance particulière d’un édifice (église, palais), invite le passant à y entrer.


Compare la façade de la Villa Chiericati, de Palladio, qui date de la fin de de la Renaissance et s’inspire de l’architecture des Grecs et des Romains, avec la façade de l’ église des saints Vincent et Anastase de Rome, dessinée par Martino Longhi, typiquement baroque : comprends-tu ce que Wölfflin a voulu dire ?

Andrea Palladio, villa Chiericati, Vicence, 1550-7

Martino Longhi le Jeune, église des saints Vincent et Anastase, Rome, 1646-50
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