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Fascination pour la mort

Contrairement à notre époque, qui a tendance à cacher la mort ou à ne pas en parler, le baroque semble obsédé par la mort. Les enterrements donnent lieu à des cérémonies somptueuses pour lesquelles on construit de grands décors, compose des musiques et des textes qui font appel à toutes les qualités de l’imagination.

Cette tombe, réalisée par le sculpteur allemand Johann August Nahl, a été commandée par un pasteur bernois dont la femme était morte en accouchant, la nuit de Pâques 1751, d’un enfant mort né. Par le motif qu’il commande au sculpteur, cet homme qui vient de perdre sa femme et son enfant exprime sa foi en la résurrection des morts, promise par la Bible. La pierre se brise et l’on voit dans la fente la femme et l’enfant reprendre vie ; leurs mains sortent, cherchent à s’agripper au décor de la pierre, à y prendre appui pour sortir de la tombe. Sur la pierre, on peut lire l’inscription suivante : « Seigneur, je suis ici avec l’enfant que tu m’as donné ».

Il reste cependant difficile de ne pas voir quelque chose de tragique dans cette représentation forte de cassure, la vie brisée d’un homme qui perd à la fois sa femme et son enfant ; de ne pas voir dans ces mains qui s’agrippent à la pierre, un homme qui s’agrippe à sa foi pour ne pas sombrer dans le désespoir.

Ce squelette allongé sur le côté et richement décoré de paillettes et de perles de verre est celui d’un homme que l’on pensait être un saint, persécuté par les Romains pour sa foi. L’auréole nous indique qu’il s’agit d’un saint, et la palme (feuille de palmier) dorée qu’il a été tué à cause de ses convictions religieuses, que c’est un martyre. Son costume enfin, sandales montantes, pagne et cape de velours rouge, doit nous faire comprendre qu’il a vécu dans l’Antiquité.

Au 18e siècle, la vitrine, contenant ce squelette et sa décoration était disposée bien en évidence dans l’église paroissiale de Tavel, dans le canton de Fribourg, elle est aujourd’hui au Musée d’art et d’histoire de ce canton. Au 18e siècle, de nombreuses églises contenaient des squelettes décorés de façon semblable. La plupart ont été déplacés ou cachés car les gens d’aujourd’hui sont choqués par ce qui rappelle directement la mort. De même, on ne sculpte pour ainsi dire plus de crânes ou d’ossements sur les tombes, ce qui était extrêmement courant autrefois.


Johann August Nahl, monument funéraire de Magdalena Langhans, Hindelbank, 1751-52

Capucines de Montorge, décor et présentation d’une relique, Fribourg, 1755-91


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MàJ le 20 octobre 2004
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